James Bond quitte le MI6 pour l’intelligence économique

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Aston Martin grise
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James Bond, aussi appelé 007, a envoyé sa lettre de démission au MI6. Fortement impacté dans sa vie personnelle, il a décidé aujourd’hui de changer l’orientation de sa carrière.

Bien que de nombreux services de renseignement gouvernementaux lui aient proposé un emploi, M. Bond a choisi de revenir à une vie normale. Afin de mettre à profit ses compétences en recherche d’information, il cherche désormais un emploi en entreprise, en tant que spécialiste en intelligence économique. Ainsi il pourra à nouveau vivre au grand jour, en toute légalité.

Dans la légalité, me direz-vous ? L’intelligence économique n’est-elle pas une manière vicieuse d’espionner ses concurrents ? D’augmenter ses bénéfices ? D’obtenir des informations par des biais peu reluisants ? En quoi ceci est-il différent du MI6 ?

L’intelligence économique met effectivement en avant l’importance de connaitre ses concurrents, « ses ennemis » comme dirait Sun Tzu dans l’Art de la guerre. On entend souvent le terme de guerre économique, et le monde du management aime reprendre le vocabulaire militaire pour le monde du travail. Mais ceci a plutôt tendance à faire mauvaise presse à ce domaine d’expertise, qui est mal perçu tant par les dirigeants de PME que par le grand public. Contrairement aux services de renseignements, nous pensons notamment à l’affaire Snowden, l’intelligence économique est une discipline toute à fait légale.

Elle devrait être vu comme une manière d’élargir ses connaissances sur l’environnement entourant l’entreprise, et non comme une manière de mettre à genoux ses concurrents. Lors du séminaire « Intelligence économique », animé par des étudiants du Master ID le 13 novembre, nous avons d’ailleurs pu voir que beaucoup de petites entreprises mettaient en place une forme d’intelligence économique sans le savoir, d’après un article de Claire D’Hennezel. Mais comment ?

L’intelligence économique en boulangerie-pâtisserie

L’intelligence économique se compose de plusieurs techniques de récolte et d’analyse de l’information :

  • La veille
  • Le knowledge management
  • La protection de l’information et des données
  • Le benchmarking
  • Le lobbying

Prenons l’exemple d’une boulangerie-pâtisserie. Vous serez d’accord avec moi, ce n’est pas la première entreprise qui nous vient en tête quand on parle d’intelligence économique. Et pourtant, on peut l’appliquer.

Boulangerie-pâtisserie
Source : https://pixabay.com/fr/photos/boulangerie-pain-alimentaire-march%C3%A9-1868925/

Notre boulangère-pâtissière va faire de la veille, car elle souhaite rester au courant des nouvelles tendances dans son domaine. Est-ce que la mode du cupcake est toujours actuelle ? Le pain au levain semble intéresser de plus en plus de monde en Suisse, ou est-ce juste dans ma région ? Les gens critiquent les conservateurs, est-ce que tous mes ingrédients correspondent à leurs critères ?

Elle fait aussi du knowledge management, que celui-ci soit formalisé ou non. La transmission de son savoir à son apprenti lui tient à cœur, elle lui explique tant bien les recettes de bases que son savoir-faire personnel. Elle le laisse également mettre à profit son imagination et l’aide à mettre en pratique ses idées.

La protection des informations et des données est importante pour elle. Elle garde ses « recettes secrètes » chez elles, et les informations de ses clients sur un ordinateur sécurisé.

Elle fait du benchmarking, en regardant ce que les autres boulangeries et pâtisseries proposent comme produits, quels sont les prix et les actions, et s’il y a des services additionnels, comme un tea-room ou des ateliers cuisine.

Pour finir elle fait du lobbying, grâce à la publicité, mais aussi grâce aux discussions qu’elle a avec ses clients, tant à la boulangerie qu’au marché. Il est important pour elle de montrer qu’elle est intègre, qu’elle utilise de bons produits et qu’elle se démarque de ses concurrents grâce à ceci.

Notre boulangère-pâtissière a donc une stratégie d’intelligence économique, sans même le savoir. Cet exemple peut s’appliquer dans de nombreux domaines. L’intelligence économique semble peu pratiquée, mais ce constat résulte peut-être d’une mauvaise compréhension du terme.

Trouver un emploi dans le domaine

Mais alors, est-ce que M. Bond va aller travailler en boulangerie ? Probablement pas. Les petites entreprises ont plus de contraintes structurelles que les grandes : peu d’employés, peu de ressources financières. Leurs dirigeants préféreront donc se charger eux-mêmes de ces tâches.

Il est donc plus aisé de trouver un emploi dans les secteurs financiers, dans le domaine des technologies ou dans l’industrie pharmaceutique, selon un article de Raphaël Rey. Ce type d’entreprise subit une forte concurrence et dépend des évolutions technologiques et législatives. La surveillance de leur environnement est donc un enjeu stratégique, la création de poste dans ce domaine devient donc une nécessité.

Un autre problème que M. Bond risque de rencontrer est le manque d’autres compétences « métier ». Les tâches liées à l’intelligence économique représentent rarement 100% du cahier des charges. Il s’agit plus régulièrement de tâches annexes. Afin d’utiliser la totalité de son potentiel, M. Bond aura donc tout intérêt à postuler auprès d’entreprises spécialisées en intelligence économique.

Le contexte actuel est favorable pour l’intelligence économique. Il ne fait donc aucun doute que de plus en plus d’entreprises mettront en place ce type de stratégie et créeront des postes. M. Bond a donc toutes ses chances.

Bibliographie

D’HENNEZEL, Claire, 2019. Vers une modélisation de l’intelligence économique dans les petites entreprises. Revue internationale d’intelligence économique [en ligne]. Février 2019, Vol. 11, p. 159-181. [Consulté le 22.10.2020]. Disponible à l’adresse : https://www.cairn-int.info/revue-internationale-d-intelligence-economique-2019-2-page-159.htm

GABRIEL, Jérôme, 2018. L’Art de la guerre : 20 citations clés pour mieux comprendre l’intelligence économique en affaire. Le Temps [en ligne]. 29 octobre 2018. [Consulté le 22.10.2020]. Disponible à l’adresse : https://blogs.letemps.ch/jerome-gabriel/2018/10/29/lart-de-la-guerre-et-lintelligence-economique-20-citations-cles/

REY, Raphaël, 2015. La veille et l’intelligence économique dans le marché de l’emploi en Suisse romande. Ressi [en ligne]. 15 décembre 2015. Numéro 16. [Consulté le 22.10.2020]. Disponible à l’adresse : http://www.ressi.ch/num16/article_116

SY, Siré, 2015. De la stratégie militaire à la stratégie d’entreprise: la militarisation du vocabulaire. Huffpost [en ligne]. 12 février 2015. [Consulté le 22.10.2020]. Disponible à l’adresse : https://www.huffingtonpost.fr/sire-sy/de-la-strategie-militaire_b_6645296.html

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