Là où le BÂ(t) ne blesse pas.

Le concept de BA (場), introduit par Ikujiro Nonaka et Noboru Konno en 1998, joue un rôle important dans le Knowledge Management au Japon. Comment se traduit-il au sein d’une organisation ou d’une entreprise?

De nos jours le Knowledge Management (KM), ou gestion des connaissances, apparait comme une activité incontournable pour chaque organisation. Avec des flux d’information de plus en plus puissants il est primordial de protéger et de valoriser les connaissances. Cela permet de prendre de meilleures décisions plus rapidement, de s’adapter à son environnement et d’atteindre ses objectifs. Il existe différentes formes de KM. Parmi elles, une philosophie venue du Japon: le BA.

Le BA est un terme japonais désignant “l’espace où intervient l’apprentissage organisationnel” (Peillon, Boucher, Jakubowicz, 2006). Cet espace est parfois physique (la cafétéria de l’entreprise par exemple), tout autant que mental (par exemple, un partage d’expérience voire même des idéaux communs qui lient les employés). Le BA instaure une ambiance propice à la coopération intellectuelle des individus qui partagent leurs connaissances et leur culture en créant une communauté cognitive au sein des organisations. Le concept de BA sous-entend une adhésion volontaire et fournit un cadre favorable au déploiement de la “spirale de création de connaissances SECI”. Le modèle SECI illustre les quatre modes de conversion des connaissances dans une entreprise. Il s’agit de la socialisation ou du mimétisme du savoir, de l’extériorisation ou de la formalisation du savoir, de la combinaison des savoirs et de l’intériorisation ou de l’automatisme du savoir (Nonaka et Takeuchi, 1995).

A chaque étape de la conversion il y a un transfert des connaissances tacites ou explicites, basé sur l’échange entre les collaborateurs qui adoptent certaines règles et comportements. C’est un cycle qui réitère la création de connaissances nouvelles en contribuant à l’innovation et en augmentant la compétitivité de l’entreprise. Le BA apparait donc comme une plateforme utilisant un langage commun pour la création des connaissances. Quand il devient difficile de formaliser les connaissances tacites au sein d’un groupe, la concept de BA nous propose de nous fier à notre intuition, d’utiliser l’imagination.

Nonaka s’intéresse à la dynamique du KM dans les organisations: la création, l’utilisation et la diffusion du savoir. Selon lui, pour que le KM soit efficace le top management doit l’ancrer dans la vision stratégique de l’entreprise. Néanmoins ce sont les “cadres moyens” qui sont les chevilles ouvrières de la mise en place du concept de BA. Un management “middle-up and middle-down” qui décentralise la connaissance au profit de chacun est le cœur de la philosophie BA. En s’appuyant sur le processus SECI qui se déroule dans l’espace partagé de BA, le management intermédiaire doit contribuer à la production des connaissances et dynamiser le BA.

La philosophie de BA permet de capitaliser les connaissances accumulées dans une organisation en utilisant les ressources et les domaines de compétence d’équipes différentes pour faire fructifier l’échange, la collaboration et mobiliser les collaborateurs. Contrairement aux méthodes de gestion des connaissances traditionnelles, centrées sur les systèmes informatiques, c’est une structure de partage où l’interaction humaine est essentielle. Ainsi, le BA installe un climat de confiance et de respect mutuel en favorisant la collaboration des individus dans le but de créer de nouvelles connaissances nécessaires pour piloter l’innovation dans les organisations.

Mais quels sont donc les effets du BA sur les organisations? Appliqué aux entreprises japonaises, le BA semble produire des résultats impressionnants. En effet, celles-ci sont parmi les plus innovantes du monde. En créant un espace de partage des connaissances, le BA vise à développer les compétences individuelles et collectives dans le but d’améliorer les performances de l’organisation. La motivation augmente quand l’environnement permet à chacun de participer et d’être acteur dans la culture d’entreprise. On développe des bonnes pratiques que l’on partage et qui remplacent des pratiques désuètes et inadaptées au terrain.

En écrivant ce billet, je me suis demandée si j’avais déjà été confrontée au concept de BA. J’ai immédiatement pensé à l’organisation des groupes de séminaires du Master IS. Etait-ce un hasard si les groupes étaient composés d’étudiants d’horizons divers du point de vue de leur formation initiale, de leurs expériences professionnelles, de leur âge ou de leurs origines? Quand on repense à la dynamique des groupes de séminaires, on se rend compte à quel point ce concept s’est finalement imposé à nous: chacun participait fort de ses propres connaissances qu’il ou elle partageait avec les autres. Cela a permis de créer une dynamique intellectuelle collaborative où les étudiants se complétaient de façon optimale pour remplir un objectif, trouver des solutions et produire du contenu tout en partageant leurs idées et leur vécu. La dimension humaine et relationnelle a augmenté la motivation, renforcé la créativité en poussant chacun à agir de son mieux et à acquérir de nouvelles compétences.

Et si nous nous inspirions de cet excellent exemple de l’efficacité de Knowledge Management à travers le concept de BA en milieu académique dans notre vie professionnelle?

Bibliographie

HAHLING, Héloïse, PUN, Tristan, SWALI, Samia, ZUPAN, Christine, 2018. Le Knowledge Management. In : SCHNEIDER, René, PELLETIER, Elise. M3C2 Séminaires, aula HEG, 16 novembre 2018 [en ligne]. [Consulté le 23 décembre 2018]. Disponible à l’adresse : https://cyberlearn.hes-so.ch/pluginfile.php/2835087/mod_resource/content/0/KM_PresentationPrezi.pdf

NONAKA Ikujiro, KONNO Noboru. The concept of « Ba » : Building a foundation for knowledge creation. California Management Review. Spring 1998. Vol. 40, N°3, pp. 40-54. [Consulté le 23 décembre 2018]. Disponible à l’adresse:
http://home.business.utah.edu/actme/7410/Nonaka%201998.pdf

NONAKA, Ikujiro, TAKEUCHI, Hiro et TAKEUCHI, Hirotaka, 1995. The Knowledge-Creating Company: How Japanese Companies Create the Dynamics of Innovation. New York : Oxford University Press, 1995. ISBN 978-0-19-509269-1.

PEILLON, Sophie, BOUCHER, Xavier et JAKUBOWICZ, Christine, 2006. Du concept de communauté à celui de «ba» Le groupe comme dispositif d’innovation. Revue française de gestion [en ligne]. Vol. 163, n° 4, pp. 73-90. [Consulté le 23 décembre 2018]. Disponible à l’adresse: https://www.cairn.info/revue-francaise-de-gestion-2006-4-page-73.htm

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